Jack Hirschman
Jack Hirschman

A l’occasion du Printemps des Poètes, le 20 mars dernier, l’association « Textes en l’Air », avec la collaboration de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes, nous a offert une belle rencontre à Saint-Antoine. Jack Hirschman[1] est venu en personne, et très modestement malgré sa notoriété aux Etats-Unis comme en Europe, nous présenter un film sur sa vie et nous faire partager sa poésie, accompagné de son traducteur, Gilles Vachon.

Nous en avons su davantage sur ce poète contestataire américain qui vit à San Francisco, dans une minuscule chambre, avec sa compagne, et vient régulièrement en Europe.

Né en 1933 dans le quartier du Bronx de New-York, il partage la vie des émigrés (sa grand-mère était juive d’origine russe, il parle le yiddish, le russe, et aussi l’araméen, le gaélique,… etc.). De professeur universitaire, il est très vite passé à « poète de rue » (street poet) et a partagé la vie des squats avec les sans abris, après avoir perdu son poste en militant ouvertement contre la guerre du Viêt-Nam.

Il partage alors avec ses frères humains[2] la grande pauvreté, le racisme quotidien, les injustices (un quart de la population américaine connaîtrait la pauvreté et l’exclusion).

Alors il hurle et scande avec fureur, de sa voix tonitruante, sa poésie révoltée, dans les rues, les cafés, les manifs. Il est du côté des précaires, des chômeurs, de ceux qui souffrent et restent sans voix. Il est leur voix.

Après le film, il nous a fait l’honneur de partager en anglais quelques unes de ces Arcanes et autres textes, traduits en français par Gilles Vachon. Et là nous avons découvert, sortant du corps d’un vieil homme usé, au visage buriné, une voix profonde exprimant une force herculéenne qui prend au tripes. On ne peut rester indifférent tant le ton est poignant. Là, on se dit, « si la poésie c’est ça, alors j’aime la poésie ! », car celle-ci réveille de l’engourdissement et de l’inertie. Ecriture engagée, révoltée, Jack Hirschman y exprime avec énergie, parfois brutalement, dans un langage cru, la violence et les injustices insupportables qui se déroulent sous nos yeux. Grâce à cette force des mots (et des maux vécus), le poète nous amène à chevaucher son monde rythmé de luttes et de combats, il nous donne envie de nous lever et de dire notre indignation, mais aussi d’agir pour un monde meilleur…Gilles Vachon a lu les textes qu’il a traduits avec la même vigueur que le poète, ce qui a ajouté à la force des textes lus à voix haute qui ont résonné dans le salon des Gypseries de St Antoine l’Abbaye.

Françoise Daudeville (mars 2015)

[1] Auteur de plus de cinquante ouvrages de poésie, mais aussi traducteur d'Artaud, Mallarmé, Pablo Neruda, Maïakovski. Il milite aujourd'hui au sein de la « Ligue révolutionnaire pour une nouvelle Amérique » et s'attache à défendre la cause des exclus de la société, des marginaux et des pauvres.

[2] «J’’ai su que j’avais un frère » dernier ouvrage paru en français)

Gilles Vachon et Jack Hirschman

Gilles Vachon et Jack Hirschman

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