Nathalie Muchamad lors de le mise en place de son exposition à la Halle (photo F Daudeville)

Nathalie Muchamad lors de le mise en place de son exposition à la Halle (photo F Daudeville)

Nathalie Muchamad (à dte) et Giulia Turati (à gauche)
Nathalie Muchamad (à dte) et Giulia Turati (à gauche)

Exposition de Nathalie Muchamad à La Halle de Pont en Royans du 19 janvier au 19 mars 2016

Si Nathalie Muchamad a fait ses études d’Art à Grenoble, elle est née en Nouvelle-Calédonie mais revendique ses origines indonésiennes. C’est à propos de sa relation à ses racines familiales qu’elle s’exprime dans son exposition, des événements du passé et du présent qui y sont liés, mêlant des références historiques comme la conférence de Bandung, ses lectures à propos des luttes des peuples opprimés, ses voyages, les chansons qui ont trait à la souffrance des peuples noirs ou des femmes, comme dans le blues issu de l‘esclavage, le film des moments d’intimité des membres de sa famille dans leur foyer ou du rassemblement des femmes de son village, à la fin de la journée…

Tous ces souvenirs personnels mêlés aux références politiques, historiques et littéraires, les recherches qu’elle mène, ses questionnements, sa quête d’identité, et ses voyages, sont en quelque sorte des archives qui lui servent de matériau artistique. Elle nous donne ce matériau à voir et à retravailler à notre guise, selon notre sensibilité.

Le titre de l’exposition est une référence au film australien « The year of living dangerously » (traduit en français par « L’année de tous les dangers »), film de 1982 qui a pour fond le coup d’état de l’armée en 1965 à Djakarta. Plus près de nous, on peut y voir aussi une allusion aux événements actuels des attaques terroristes à Paris ou ailleurs - et justement ces jours derniers en Indonésie, touchée à son tour. C’est ainsi que la notion de « vivre dangereusement » parle curieusement à tout le monde à des niveaux différents.

L’entrée de l’exposition est barrée par un rideau de couleur, là aussi une référence au livre de Richard Wright « The color curtain », rapport qu’il écrivit sur la conférence de Bandung de 1955, réunissant les pays non-alignés souhaitant leur indépendance, et qui constitueront un 3e bloc en face des États Unis et de l’URSS. Richard Wright est un écrivain et journaliste afro-américain qui a dénoncé la ségrégation aux États-Unis et a remporté de grands succès littéraires. Poursuivi à l’époque du maccarthysme, il est parti vivre à Paris en 1950 où il se lie avec J.P Sartre et Albert Camus.

Nathalie Muchamad offre ses pensées, ses recherches et une piste vers ses émotions, à travers des supports très variés tels que la peinture, les vidéos, le karaoké, les films, en nous faisant parcourir avec elle son cheminement pas à pas dans sa pensée. C’est ainsi que nous trouverons dans la première salle une grande fresque murale en dessin et peinture, à la végétation exubérante des pays tropicaux, clin d’œil au Douanier Rousseau et à ses paysages exotiques fantasmés, qui rappelle aussi les paysages indonésiens réels dans lesquels l’artiste aime à se retrouver lorsqu’elle retourne au pays. Ce paysage est caché par un paravent transparent, peut-être en référence aux « paravents », la pièce de Jean Genêt dénonçant la guerre d’Algérie…

Le spectateur se laisse guider par les propositions de Nathalie Muchamad, mais petit à petit, il peut recréer sa propre toile, à partir de ses propres sujets de questionnement, d’étonnement, d’émotions et reconstruire sa vision artistique personnelle. Interpellé par les vidéos, les chansons de blues ou indonésiennes, le karaoké –très prisé en Asie- et ses lumières scintillantes, il arrive dans la salle de cinéma où passeront les images des danses sacrées de Java. Il y entendra les chants d’Homère qui exprime le chagrin indicible d’Ulysse de « Retour à Ithaque » où l’attend Pénélope depuis si longtemps, chant où s’exprime sans doute la peine de tous les peuples de migrants qui souhaitent un jour retourner chez eux après des années d’errance.

Francoise Daudeville

janvier 2016

Article paru dans le Mémorial de l'Isère janvier 2016

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