En avril dernier, lors du Festi-Feve : Le pouvoir d'agir ensemble

 

Margalida Margalida Reus                       

 

« J’ai une expérience de 32 ans de vie communautaire et une formation de linguiste. c’est pourquoi les mots sont si importants, car comme dit Frédéric Bosquet qui prône le revenu universel, «  les mots créent la réalité ».

De quel pouvoir parlons-nous ?

Celui de possum, potis sum : je suis maître de, même racine que les mots de « puissance » et d’ « impuissance ». Pas de vie sans pouvoir : pouvoir agir, faire, créer.
J’ai vécu une partie de ma vie sous la dictature, où nous n’avions plus de pouvoir, nous étions condamnés à l’impuissance. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans des démocraties qui agissent comme des dictatures, nous sommes condamnés à l’impuissance, à croire que notre modèle social  nous amène à être des objets de production, non pas des hommes libres et confiants. Nous sommes devenus manipulables, inconscients, au service des multinationales qui ne donnent plus place à l’humain, nous perdons progressivement nos acquis. On nous fait croire qu’il n’y a plus de place pour certains qui seraient « non productifs » et cela entraîne l’exclusion d’une grande partie de la société.

Mais il nous reste encore un pouvoir, celui de réfléchir, d’analyser. Nous avons la possibilité de nous informer, de prendre du recul par la réflexion, de ne pas croire tout ce qu’on nous dit sans avoir préalablement analysé.

Nous pouvons lutter contre ce grand  l’ignorance.

Si l’on n’a pas d’autres moyens de résister, on peut le faire par la pensée, en aiguisant notre sens critique. En vivant en communauté, à l’Arche,  nous avons été obligés de discuter beaucoup, de mettre en mots nos pensées et, nos sentiments, avant de pouvoir agir ensemble.

Ce système de la société actuelle ne peut continuer à exister si nous n’y adhérons pas. C’est une sorte de mur que nous soutenons, mais si nous ne le soutenons plus il s’effondre.

 

Pour cela, il faut changer son niveau de pensée.

Comme l’a dit Albert Einstein « Les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne peuvent être résolus au niveau et avec la façon de penser qui les a engendrés ».

Il faut donc créer d’autres niveaux de pensée, aiguiser notre sens critique, nous réapproprier le pouvoir, nous faire confiance.

Après la dictature, j’ai pu voter pour a première fois, et utiliser mon prénom en castillan « Margalida » et non Margarita ou autre…

Ce qui compte ce sont les actes, les petits pas que je fais dans mon quotidien.

Il doit y avoir une cohérence entre la pensée et la parole. Ce qui n’est pas si simple.

Il faut poser un acte, car il est bien de penser, de parler, mais agir fait avancer. Il ne s’agit pas forcément de grands actes, comme faire la révolution, mais de poser de petits actes qui peu à peu vont changer les choses. Les petits actes ont autant de valeur que les grands. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » disait Gandhi.

Souvent il m’est impossible de changer ma vie, mon travail que je n’aime pas, mais je peux changer ma façon de le vivre, je peux le voir comme un service, un don de moi-même, une façon de faire grandir la bonté en moi et dans le monde. Je peux agir humblement, sans désir de gloire, agir pour le bien de tous.  Poser des actes de bonté, c’est dynamique, comme des actes de combat. Je peux dire non à ce système qui veut me déshumaniser, en lançant un acte de bonté contre ce mur, je peux le fissurer. Je me construis à partir de mes valeurs de bonté, de générosité. Je fais un pas après l’autre et c’est ce qui trace mon chemin comme dit Antonio Machado :  

« Voyageur, le chemin c'est les traces de tes pas ; voyageur,

Il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant. »

danses dans le jardin de l'Arche

 

Moi face à l’autre

Cette opposition crée beaucoup de mal être dans notre société qui favorise l’individualisme et non l’individu. Les liens sociaux sont fragilisés. On voit l’autre comme un concurrent, un ennemi, un empêchement et non comme un frère. C’est l’ère du chacun pour soi.  On se sent de plus en plus seul, isolé, exclu, on pense comme Sartre que « L’enfer, c’est les autres »…

Mais si nous ne changeons pas, nous allons nous détruire. Nous ne pouvons ni avancer seul, ni nous sauver tout seul.

Nous pouvons nous sentir concernés, marcher ensemble, avec nos semblables ; chacun est un maillon de cette même chaîne humaine.

Nous pouvons être avec celui qui souffre, c’est le sens de la compassion, et de consoler qui vient de consolare : être avec celui qui est seul…

On sent alors la circulation de l’Amour, on se sent reliés les uns aux autres et on n’agit pas contre les autres. Il s’agit alors de développer ce qu’il y a de meilleur en nous, et le mettre au service des autres : bienveillance, confiance, ou au moins, être un peu moins dans la méfiance…

Nous cherchons tous la même chose, à aimer, à être aimés, à vivre dans un monde plus juste, plus beau…

Nous avons le pouvoir d’agir ensemble, nous sommes toujours en évolution.

Nous sommes tous co-créateurs, nos actes ont une conséquence sur le monde. Contrairement à ce qu’on veut me faire croire, je ne suis pas impuissant. Les actes que je pose, créent le monde. Nous sommes appelés à agir ensemble, nous sommes ici pour faire quelque chose, il n’y a pas de non-sens. Nous sommes responsables de notre vie, de notre chemin de croissance. Nous avons à tirer des leçons de nos expériences.

Nous ne sommes pas responsables de ce que nous avons vécu, mais nous sommes responsables de ce nous en faisons.

Souvent, nous réagissons en victimes et nous nous coupons de des autres. La souffrance enferme (l’enfer-me-ment)…

Le chemin de notre vie consiste à marcher, tomber, nous relever, et repartir. Cette marche est féconde, et non stérile, c’est un « chemin de lumière ».

Agir ensemble, c’est un travail d’acceptation de l’autre, d’écoute de l’autre. Cela peut nous remettre en question : nous choisissons l’humilité plutôt que la toute puissance et nous devons sortir du jugement. C’est un acte de solidarité avec les autres. Nous sommes tous les mêmes, imparfaits, nous avons nos faiblesses. Mais dons ces imperfections, la vie nous habite et se déploie, et posent en nous les germes du changement. Nous sommes ombre et lumière, nous sommes des « humains ».

Notre époque est-elle la pire, comme certains le pensent ? Tout évolue, ça ne fait pas si longtemps que les femmes peuvent voter et ont des droits équivalents aux hommes, on vient d’accorder des droits aux enfants,… 

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Même aujourd’hui, malgré le libéralisme actuel, nous avançons. La conscience écologique progresse à petits pas, selon l’image symbolique du colibri, chacun fait sa part, même une goutte d’eau est importante pour éteindre l’incendie.

Dans la communauté, certains ont été parmi les premiers « faucheurs volontaires » à lutter contre les OGM.

Nous sommes responsables à notre niveau, de mettre en œuvre la vérité qui nous habite, chacun selon son désir, ses moyens, habité par la certitude qu’il n’est pas seul. Chacun est une facette du diamant, grâce auquel le diamant brille.

Pour cela, je suis dans la joie et la gratitude, je refuse la peur.

Nous sommes tous, hommes ou femmes, jeunes ou vieux acteurs d’une énorme créativité, cela fourmille.

Je n’essaye pas de contrôler le résultat. Mes yeux regardent les pas de vérité que je pose, le résultat ne m’appartient pas.

Le signe que l’on ressent alors c’est la joie, nous voyons les autres comme compagnons de route, nous touchons le germe de la vie. Par cette force de transformation, la vie devient « vivante », pleine. Elle prend tout son sens malgré les difficultés du monde".

 D’après mes notes prises à l’Arche, le 12 /04/2014

Lien vers mon article sur "sortir de la seulitude" écrit par Margalida Reus, ed. Le Souffle d'Or

http://art-therapie.daudeville.over-blog.com/article-sortir-de-la-seulitude-un-livre-de-mardalida-reus-119883119.html

 

 

Le pouvoir d'agir ensemble : résumé de la conférence donnée par Margalida Reus, responsable de l'Arche internationale
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