visagesenfantsDoublement honte, d’ailleurs. Hier, jour des élections européennes, prise par les derniers articles à envoyer au DL avant lundi et par la fête des mères, je l’avoue, j’ai oublié d’aller voter !

 Je m’en suis aperçue à 20h en rentrant chez moi après avoir écouté le récital de « Barbarie », une femme qui chante Barbara, pour la clôture du Festival de Saint-Marcellin consacré à la chanteuse qui a passé trois ans ici pendant la guerre avec sa famille, cherchant asile pour éviter les persécutions et rafles contre les juifs. « Barbarie », c’est le vrai prénom de la chanteuse, ça ne doit pas être facile à porter. Etant donné le résultat des élections européennes, cela a sans doute fait écho en moi et j’ai repensé au vote. Trop tard, je regrette, même si cela n’aurait pas changé le cours des choses, mais tout de même, j’aurais « fait ma part » comme disent les colibris.

Ce matin, le journal m’appelle à 7h45. Encore au lit pour essayer de récupérer toutes les nuits passées à visionner les spectacles et à écrire les articles jusqu’à 3h du matin, je n’ai pas répondu. Plus tard, en prenant mon petit déj’, j’ai mis la télé, histoire de me changer les idées. Je suis tombée sur un reportage d’Arte présentant un allemand qui se grimait en africain pour recueillir les réactions de personnes rencontrées au hasard. Là, j’ai commencé à ressentir un vrai malaise quand j’ai constaté la réalité du racisme ordinaire des gens ordinaires. Allemands ou français, ce sont les mêmes, du genre de ceux qui ont traité Madame Taubira de primate et se sont sûrement délectés en mettant leur bulletin FN dans l’urne. Avec les résultats parus dans les journaux ce matin, ne serait-ce que sur l’Isère, le rouge me monte aux joues et la moutarde au nez !Lanter0a

Je vois dans ce reportage allemand le regard des passants sur cet homme apparemment noir, un air méprisant, dégoûté, voire haineux. Ma tartine me tombe des mains quand j’entends les propos de jeunes plus ou moins skins, et de vieux plus ou moins bons allemands. Le pauvre homme se fait rejeté de partout, insulté, rabaissé, humilié. La nausée me prend, je n’ai plus faim. Cela me rappelle le midi de la France où j’ai séjourné quelques années et où j’ai entendu souvent ce genre de propos méprisant. Mais d’habitude, c’était dans le dos des gens, là, grâce à la caméra cachée, on entendait très bien les insultes et les propos racistes dirigés directement contre la personne.

Le passage où il prend le train et où tout un groupe de passagers blancs se met à l’insulter et à se moquer de lui a fait remonter la honte que j’avais ressentie à Marseille, lorsque dans le bus, un groupe de voyageurs s’en était pris à une jeune femme, pourtant blanche, mais sans doute juive, la traitant de « grand nez » et se moquant d’elle…Je n’avais su que faire ni que dire, me contentant de regarder ces gens en hochant du chef et en leur jetant un regard furieux. Mais j’avais honte pour eux.

Là, j’ai eu honte d’être blanche, européenne et un être humain. Je me suis dit que des gens comme ça, j’en croisais sûrement tous les jours, même si mes convictions sont bien différentes.

En fait, l’être humain déteste la différence, tout ce qui n’est pas comme lui. Est-ce la peur de manquer, d’être envahi, de perdre ses avantages, de basculer dans ce qu’il craint, la pauvreté, le chômage, la faim, la soif et finalement la mort ? Ce sont les réactions primaires des hommes préhistoriques, celles que nous avons encore imprimées dans les cellules de notre cerveau primitif, malgré notre éducation, notre culture, nos raffinements civilisés, nos connaissances techniques, notre niveau de vie. L’homme primitif en nous n’est pas mort, il revient à la surface dès que nous nous sentons menacés. Je dis « nous », car qui n’a pas eu ce rejet de la différence, qui ne s’est pas dit un jour « tiens je pense comme ça de cette personne, j’ai envie de la rejeter parce qu’elle n’est pas comme moi ou comme je la souhaiterais, qu’elle ne répond pas à mes critères » ? 

Il faut faire un effort pour lutter contre notre rejet de l’autre, contre des points de vue guidés par la peur. Nous sommes tous les mêmes, êtres humains, frères de vie, voyageant sur la même galère, quel que soit notre couleur ou notre origine …

Francoise Daudeville 26 mai 2014visagesenfants

 

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