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Les Aventures de Maryse (suite) : Maryse cherche un logement…

(J’ai repris le prénom de « Maryse » qui est devenue en quelques mois le porte-drapeau de tous les précaires, ceux qui galèrent aujourd’hui, ces « pauvres », nouveaux ou anciens,  qu’un système économique et politique sans états d’âme (où l’humain est oublié) crée  sans cesse et continue de broyer…Les situations sont racontées sont réelles, les personnages sont composés de plusieurs personnes qui m’ont raconté leur histoire).

Maryse est seule maintenant, ses enfants ont grandi et sont partis aux quatre coins de la France. Pour rompre l’ennui et retrouver un travail plus stable, elle n'a pas hésité  à prendre des risques en s’exilant dans une autre  région où elle ne connaissait personne. Elle est rentrée dans une entreprise qui l'embauchait en CDI pour un travail qui lui plaisait bien. Ça lui a fait drôlement plaisir, à Maryse, de ne plus courir après le travail. Mais elle n’avait pas pensé que ce serait si compliqué de se loger, alors qu’elle avait un emploi salarié.

Elle commença par prendre une chambre à l’hôtel le moins cher du lieu, toutefois c’était quand même 32 euros la nuit. Elle avait juste de quoi payer une semaine ou deux d’hôtel et elle espérait trouver très vite un logement, un petit studio, une chambre, quelque chose pour être chez elle…Elle s'était inscrite en arrivant pour demander un logement social, mais on lui avait fait comprendre qu'en tant que nouvelle arrivante, elle n’avait aucune chance et que des centaines de personnes étaient encore sur liste d’attente depuis 10 ans !

-          Et puis, vous êtes seule sans enfants, vous n’êtes pas prioritaire, Madame…

-          Quand on vous annonce ce genre de chose, avec un air presque méchant, même si c’est vrai, on se demande si c’est pour dégoûter les gens de demander ou pour les pousser à désespérer encore plus de leur sort ? dit Maryse avec aplomb à l’assistante sociale.

L’assistante compatissait sans rien pouvoir lui proposer. Elle se dit qu’avec son travail à plein temps, elle allait pouvoir trouver un logement dans le privé. C’est là qu’elle allait passer de surprises en mésaventures. Elle commença par éplucher les petites annonces immobilières et a dépassé son forfait en téléphonant. Elle tombait souvent sur des annonces alléchantes, mais au final, on lui demandait de s’abonner à une liste de logements que l’on proposait à des prix bien plus élevés que ceux de l’annonce. Il fallait d’abord, débourser sans être sûr de trouver. De plus elle devait fournir une liste incroyable de papiers, de justificatifs, comme son contrat, obligatoirement en CDI, (les CDD on ne veut pas en entendre parler, ni les temps partiels, encore moins !), ses trois dernières fiches de payes, (elle n’en avait pas puisqu’elle démarrait…), sa feuille d’impôts, un justificatif de domicile (mais je suis à l’hôtel) – et bien une attestation de votre ancien propriétaire notant que vous avez bien payé tous vos loyers, et les quittances qui vont avec… !butagaz

-           …? Maryse restait médusée par ces demandes toutes aussi impératives les unes que les autres

-          Et sinon, demandez à vos parents de se porter caution, ….alors il faut leurs deux dernières feuilles d’impôts, leur quittances de loyer ou leurs impôts fonciers, leurs fiches de paye ou la fiche CAF de leurs allocations ou leur retraite, etc. L’employée débitait sa liste d’une façon froide et tranchante.

-          Mais, Madame, j’ai 50 ans et je n’ai plus mes parents, à qui voulez-vous que je demande de se porter caution ? Je ne vais pas demander à mes enfants, tout de même, ils ont déjà assez de soucis comme ça !

Elle essaya les agences immobilières qui lui proposaient des studios miteux pour 600 euros par mois, sans compter les charges d’électricité, de chauffage, et les factures exorbitantes de mise en route, d’abonnement, à prévoir dès l’entrée…

-          Donc, si je prends ce studio, je vais devoir sortir 600 euros de loyer plus votre commission de 600 et la caution d’un mois, cela fait près de 1800 euros à débourser, je n’ai pas encore toucher mon premier salaire au SMIG ! Comment voulez-vous que je fasse ???

-          Mais Madame, c’est comme ça partout, lui dit l’agent de toute sa hauteur, vous ne trouverez pas un propriétaire qui vous louera un logement sans garantie, sans contrat CDI démarré depuis plusieurs années, qui montre que vous avez une certaine stabilité ! Vous comprenez les propriétaires en ont assez de se faire avoir avec des mauvais payeurs ! Ils ont eu trop de problèmes, ils sont méfiants maintenant…C’est pour cela qu’ils font appel à nous, les professionnels.

-          Et c’est nous, qui devons payer le service ? Et si personne ne fait plus confiance à personne où allons-nous ? dit Maryse bouillonnant de colère, en sortant de l’agence. On ne prête qu’aux riches, quoi !

Elle retourna, dépitée, dans sa petite chambre d’hôtel impersonnelle et froide. Maryse n’avait pas le moral. Elle croisa une autre femme dans le hall, qui mangeait un sandwich.

C’était une autre chercheuse de logement. Elle l’avait aperçue sortant  de cet immeuble où le propriétaire avait donné rendez-vous à toutes les personnes à la même heure. Du coup, tout le monde attendait assis sur les marches de l’escalier en colimaçon,  pendant que le propriétaire recevait les dossiers de chaque demandeur. Elle était arrivée un peu en retard et en avait conclu qu’elle n’avait aucune chance. Maryse, plus patiente, avait attendu, mais en vain. Le propriétaire avait choisi une autre personne qui offrait plus de garanties, sans doute. La vingtaine de personnes qui restaient partit, en baissant le nez de déception ou en pestant contre ce procédé peu délicat.CHAUFF EAU

Magali venait de la région PACA. Elle expliqua à Maryse ses nombreuses galères pour trouver à se loger.

-          Quand je suis arrivée à Marseille, j’ai trouvé une petite chambre de bonne dans les sous-sols d’un immeuble des quartiers chics. Ca faisait bien sur mes CV de mettre mon adresse dans le 8ème, mais il fallait voir ! Une chambrette de 10 m2, en contrebas du parking avec l’odeur des pots d’échappements, une seule petite lucarne et les douches et les WC communs à toutes les chambres. C’étaient en fait des pièces au sous-sol qui étaient vendues avec les appartements et dont les propriétaires se servaient pour entasser leurs affaires, des sortes de caves, quoi. Et puis, peu à peu, avec tous les gens qui ont du mal à se loger, les propriétaires les ont louées, et à quels prix : entre 350 et 450 euros pour une pièce minuscule sans confort, sans compter les blattes ! Là-bas c’est chaud et humide et les cafards, ils adorent !…Il y en avait partout qui vous couraient dessus la nuit ! Beurk…  Et puis, dernièrement je suis remontée jusqu’à Paris, une amie m’avait dit de venir chez elle. J’ai trouvé un travail mais elle n’a plus voulu me loger, elle voulait être tranquille, elle m’a dit que c’était trop petit pour deux…  Alors, j’ai pris une chambre dans le sous-sol d’un pavillon en banlieue. C’était un ancien garage réamménagé en chambre. C’était vraiment petit et glacé, le plafond était bas et il y avait une douche dans la chambre, quasiment au pied du lit…Ca faisait de l’humidité, c’était insalubre, je devais me soigner sans arrêt, j’avais des sinusites tout le temps. En plus, la vieille dame qui me louait la chambre habitait au dessus, mais ne chauffait pas sa maison. Je devais laisser deux radiateurs  électriques à fond pour chasser froid et humidité! C’est sûr que le soir elle devait avoir chaud chez elle ! Mais c’est moi qui payais la note d’électricité, en plus d’un loyer de 400 euros pour la chambre simplement !

-          Eh bien moi, c’est pareil dit un monsieur qui suivait la conversation en prenant une soupe chaude et gluante, au distributeur automatique de l’hôtel, sans doute son seul repas pour la soirée…J’ai loué un petit studio chez un monsieur qui était dans l’immobilier. Il n’avait pas un sou, soi disant et empruntait sans arrêt pour acheter de vieilles maisons ou des logements délabrés dans des vieux quartiers de la banlieue parisienne. Les banques lui faisaient des prêts sans problèmes. Il ne donnait pas un coup de peinture, ne faisait pas de réparations et il louait ça à prix d’or…Il y a tellement de gens qui cherchent un toit. J’ai bien galéré moi aussi pour me loger. Maintenant, je suis représentant, ça va mieux, mais mes frais ne sont pas pris en compte, alors je reste à l’hôtel quand je ne peux pas faire autrement.

Je me souviens de ce type, il habitait dans la maison où il me louait le studio. Il me laissait son chien durant plusieurs jours sans lui donner à manger, c’est moi qui le nourrissais. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi radin ! Quand un jour, dans la cuisine j’ai vu un énorme rat qui courait devant moi, je suis parti sur le champ ! Il y a des limites, tout de même ! On a le droit de vivre dans des conditions dignes. Le droit à un logement correct, ça existe, non !

    sdb

-          Oui, mais où sont les communes qui proposent des logements sociaux et qui en contruisent encore ? Les terrains sont devenus trop chers, alors plus personne ne veut construire, dit Magali…

-          Oui, ajoute Maryse tristement, j’ai une voisine, elle s’est retrouvée SDF parce qu’elle a eu des problèmes, son mari est tombé malade et est resté longtemps à l’hôpital et elle n’a pas pu payer le loyer durant des mois. Alors, ils l’ont explusée, avec un huissier et la police. C’était vraiment traumatisant…Je lui avais proposé de loger chez moi quelque temps, on se serait tassés un peu, c’est tout. Mais elle n’a pas voulu et je ne sais pas ce qu’elle est devenue. C’est vraiment triste, un logement c’est la dignité d’une personne, qu’est-ce que vous devenez sans un toit au dessus de la tête ? Vous êtes comme un animal !

-          Moi, j’ai eu la chance de retrouver un toit et un emploi stable, en allant dans une association d’aide au logement : on m’a vraiment soutenu et ça m’a redonné confiance en moi, parce qu’après plusieurs galères, je n’en pouvais plus. Je ne trouvais même pas de place dans un foyer. C’est une famille « alliée » d’ATD Quart Monde qui m’a réconforté et m’a fait connaître cette association. Ils m’ont aussi fait rencontrer une dame qui m’a hébergé quelques semaines, le temps de trouver une solution. Il y a heureusement des gens généreux et  qui comprennent qu’on a besoin de soutien. A certains moments, on ne trouve plus de solutions seuls, il faut se faire aider. C’’est trop dur, sinon.

-          Des solutions, il y en a, dit Maryse mais je crois qu’il faut vraiment pousser un grand cri pour que les choses changent. Ce n’est plus possible ! Avec la précarité, l’instabilité des emplois, les salaires trop bas et les  loyers trop élevés, les exigences des propriétaires, et même des bailleurs sociaux, il y a de plus en plus de gens qui se retrouvent sans logement. Il faut alerter les mairies, les politiques,  et les pousser à trouver des solutions. Il y a des sans logis mais aussi de nombreuses personnes qui ne trouvent que des solutions provisoires et précaires comme nous. On dirait que tout le monde s’en fiche !

Maryse avait maintenant envie de remonter ses manches plutôt que de baisser les bras. Elle avait le travail, c’était déjà une première victoire. Demain, elles iraient voir l’association que leur conseillait cet homme, avec Magali. Après tout, s’il s’en était sorti pourquoi pas elles ? Il leur fallait encore une bonne dose de courage et d’espoir pour avancer. Mais si elles avaient la chance de rencontrer des personnes généreuses et des bienveillantes, elles pourraient peut-être trouver une solution…796px-Tents along the Canal St Martin by aleske in Paris

Françoise Daudeville

Décembre 2010

PC280099

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