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ou" JE SOLITAIRE ET ENJEUX SOLIDAIRES" témoignage devant le public des CMR de poligny, le 23 septemebre dernier.

 

Maryse s’exprime avec émotion devant une assemblée des mouvements chrétiens (CMR) à Poligny. Elle est revenue dans le Jura pour témoigner de ce qu’elle vit depuis des années, accumulant les petits boulots et les périodes de chômage sans allocations qui lui rendent la vie dure. Les galères se succèdent, mais elle mène son combat quotidien. 

 

Je ne suis pas « demandeuse d’emploi », dit-elle, je me dirais plutôt « combattante de l’emploi » !

C’est devenu de plus en plus dur. Mon problème c’est de ne pas avoir de revenus suffisants et réguliers pour vivre normalement.

Durant des années, j’ai vécu de CDD et de vacations, j’étais animatrice socio culturelle et formatrice, j’ai fait beaucoup de social et d’artistique. J’ai monté des projets, entreprises individuelles, associations…J’ai travaillé auprès de personnes en difficulté sans me poser trop de questions sur ma « carrière ». Les contrats s’enchaînaient à peu près et je m’en sortais tant bien que mal.

Petits à petits les contrats salariés se sont faits plus rares et je me suis retrouvée dans une situation de précarité, avec de longues périodes de chômage. Je cumule maintenant plusieurs handicaps : la profession (le social et l’artistique ne sont guère « porteurs ») et l’âge, j’ai plus de 60 ans maintenant. J’ai beaucoup travaillé avec des associations qui aujourd’hui n’ont plus de subventions. Certaines doivent fermer.

 

Au début, la famille vous soutient un peu mais comme ça dure, on pense que vous le faites exprès et on vous lâche. Les amis, c’est pareil, votre situation, ça leur fait peur, ça les remet en question, alors au  bout d’un moment, ils se détournent aussi.

On se retrouve seule très vite à se battre pour survivre et trouver une solution. Mais c’est une sensation de solitude, d’exclusion, vous avez le sentiment que vous êtes inutile à la société, alors que vous avez toujours les mêmes qualités humaines et professionnelles, les mêmes capacités intellectuelles…

 On trouve de « petits boulots », on prend ce qu’on trouve (ménages, maraîchage,…) mais ça ne suffit pas et c’est dur physiquement. Ce sont de petits contrats en CDD à temps partiel, des contrats « aidés » par l’État, on gagne 500 euros ou moins et ça ne résout pas le problème.

On ne répond plus même plus à vos CV, vous n’avez plus de « réseau » professionnel au bout de 6 mois de recherche, on vous oublie ou vous ignore.

L’épuisement, le découragement, et vous abandonnez tout espoir de retrouver un travail. Mais surtout votre moral est au plus bas et vous n’avez plus conscience de votre valeur véritable, la société vous renvoie l’image d’une personne incasable, inutile…On devient invisible, on se sent exclue, pas reconnue pour ce que l’on est et on doute même d’avoir le droit d’exister sans travailler… Les problèmes de santé dus au stress permanent surviennent rapidement.

Les allocations de chômage ne durent pas très longtemps et vous retombez vite au RSA, RMI, cela fait 450 euros par mois pour une personne seule, on ne peut pas vivre avec ça !!!

Les gens pensent qu’avec les allocations, le RSA on est couvert, mais non.

Personnellement, je n’y ai pas droit parce que j’ai une pension de réversion du même montant et ce n’est pas cumulable. De plus la moitié de la pension est trimestrielle, c’est 450 euros, en moyenne, pendant deux mois je n’ai que 270 euros…Allez payer votre loyer et vos factures d’eau, d’électricité, de chauffage avec ça…

Ce sont des tracasseries permanentes, comment s’en sortir ? Et pendant ce temps il faut continuer à chercher du travail et se montrer jeune et dynamique !

Les chômeurs, les travailleurs pauvres, les retraités qui ont des retraites de plus en plus misérables, c’est vraiment une situation incroyable.

J’ai demandé la retraite à 60 ans, je n’ai droit qu’à 150 euros avec 112 trimestres ! Je dois donc attendre 65 ans pour avoir un peu plus, mais dans ces conditions c’est vraiment renvoyer les gens à leur sort sans se soucier de ce qui peut leur arriver !

Sans le soutien et la solidarité de personnes qui m’ont accueillie, je ne m’en serais pas sortie.

J’ai souvent dû quitter mon logement pour prendre un travail plus loin, je n’avais pas trouvé d’autres solutions. C’est comme ça que je suis arrivée dans le Jura pour un projet de relookage artistique de meubles récupérés avec l’ALCG. Mais au bout de 6 mois, le contrat s’est arrêté. Ensuite, j’ai dû repartir pour un nouveau contrat ailleurs, je ne pouvais plus payer mon loyer, mais avec des problèmes de santé j’ai du arrêter.

Au bout d’un moment de cette vie, on est épuisé et le corps ne peut plus suivre !

Heureusement, j’ai trouvé dans le Jura beaucoup de mouvements, d’entraide, de solidarité, et des  personnes ressources qui m’on soutenue, réconfortée, hébergée…

Cela m’a remonté le moral et je suis repartie avec un nouveau projet que je mets en place en ce moment dans la Drôme, je me suis rapprochée de ma famille.

On ne peut pas trop compter sur les administrations, les pouvoirs publics : outre qu’ils sont débordés, on leur demande de mettre  leur énergie sur les radiations abusives, les enquêtes pour savoir si l’on  va chercher vraiment du travail et sur les fraudes éventuelles. Bien sûr, il y a un faible pourcentage de fraude et de resquille, mais ce n’est pas la majorité et, de leur côté, on ne peut pas dire que les politiques montrent le bon exemple, et les fraudes sont à une autre échelle …

La répression envers les chômeurs, les pauvres ne va pas améliorer leur situation. La communication avec les administrations devient aussi de plus en plus difficile.

Un simple exemple quand je dis « urgence » à un fonctionnaire, ça veut dire « dépêchez vous, j’ai besoin de cette aide sinon je n’ai pas de quoi manger ou me loger ! » mais pour l’employé,  ça se traduit par « encore des urgences ! Je n’ai pas le temps de tout faire, nous ne sommes pas assez nombreux, ce n’est pas ma faute, je n’y peux rien ». Deux discours qui se croisent mais ne peuvent s’entendre.

Et ce ne sont pas les plates-formes téléphoniques avec des répondeurs qui vont arranger les choses !

Aujourd’hui je me mets en auto entrepreneur. Les employeurs, du fait de la crise, de veulent plus créer d’emplois et payer des charges de salaires. Ils vous poussent à vous lancer en entreprise individuelle, comme ça c’est vous qui prenez les charges et les risques à votre compte.

Mais il faut bien essayer quelque chose, en espérant s’en sortir enfin.

Tant qu’on considère la « rentabilité » des personnes et pas leur richesse humaine, leurs qualités, leurs savoir faire et être, on ne fera qu’une société déshumanisée.

Appauvrir et réprimer les plus pauvres, exclure les plus inadaptés par leur âge, leur handicap, leur maladie, n’est sûrement pas digne de notre société dite « civilisée ».

Va-t-on bientôt éliminer les enfants, les vieillards, les malades, … sous prétexte de non rentabilité ?

Il est temps qu’on arrête cette machine infernale. Que chacun prenne conscience et agissse en "Humain" digne de ce nom.

L’être humain a besoin qu’on l’aide, qu’on lui tende la main, qu’on lui redonne sa place, sa dignité, car c ‘est lui qui fait la société (et non l’inverse).

Heureusement, de plus en plus de personnes en sont conscientes et j'espère qu'elles ne laisseront pas les choses devenir toujours plus injustes et aussi intolérables. PA230053.JPG


FD Sept. 2011

Poligny CMR (Chrétiens en Monde Rural) Jura

http://diocese.eglisejura.com/index.php?p=1633


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