Saint Antoine l'Egyptien (crédit photo F. Daudeville)St Antoine l’Égyptien (ou St Antoine le Grand), vivait en Égypte entre 250 et 350 après J.C.

C’était un moine ermite qui vivait seul dans le désert durant de longues périodes pour suivre dans la simplicité l’exemple donné par Jésus. Il y fonda une communauté et vécut plus de 100 ans. Après sa mort ses reliques ont été recueillies à Constantinople (actuel Istanbul, en Turquie). Il avait la réputation de guérir les malades.

Au Moyen-Âge, vers l’an 1000, un noble du Dauphiné, Jocelin de Châteauneuf, partit  chercher les reliques du saint à Constantinople, pour les ramener en France, à La Motte aux Bois qui deviendra le village de St Antoine l’Abbaye.  On construisit une première église qui fut incendiée, on reconstruisit alors l’église à plusieurs époques, entre le 13e et le 15e siècle.

Les peintures murales qui sont visibles actuellement datent pour la plupart d’une période de faste où les pèlerins et les puissants fréquentaient l’église et l’Abbaye, tenues par les moines et hospitaliers de St Antoine, entre 1350 et 1450. Les reliques avaient la renommée de guérir les malades et nombre d’entre eux venaient se faire soigner dans les hôpitaux grâce aux Antonins qui étaient les médecins de l’époque.

peinture murale de la passion, avec à gauche St Antoine et l'Abbé donateur dans son costume d'évêque (XIVe S.)

peinture murale de la passion, avec à gauche St Antoine et l'Abbé donateur dans son costume d'évêque (XIVe S.)

Les peintures murales étaient comme des bandes dessinées, elles apprenaient aux visiteurs la vie de Jésus, les écritures et la légende des saints connus à l’époque, que l’on révéraient pour leurs grandes qualités : comme Saint Martin qui avait donné son manteau à un pauvre, ou saint Christophe, patron des voyageurs qui avait porté Jésus sur son dos pour lui faire passer un torrent.

Il faut se souvenir qu’au Moyen-Âge la plupart des gens ne savaient ni lire ni écrire, les livres étaient rares et transcrits à la main et en latin ou en grec par les moines. Dans l’église, des guides expliquaient donc l’histoire et les légendes grâce aux peintures. On insérait souvent dans la fresque le portrait des donateurs (ceux qui avaient financé la peinture et la décoration d’une des chapelles).

Les peintures murales de l'église abbatiale de St Antoine l'Abbaye

Dans l’église, on sait grâce à des campagnes de recherche et de restauration (dans les années 1990) que tous les murs de l’église et les piliers sont recouverts de fresques. Mais au 17e siècle, tout a été recouvert d’un badigeon gris (sans doute pour les protéger durant les guerres de religion). Cela représente 2 800 m2 de peintures qui restent à découvrir. Mais les financements sont difficiles à trouver et les travaux de restauration sont arrêtés.

An Moyen-Âge, les artistes se déplaçaient de ville en ville, d’église en église, pour peindre les fresques commandées par les puissants (rois, princes, empereurs).Ils montaient sur des échafaudages et se distribuaient le travail (enduit, dessin, broyage des pigments et peinture). Le mot fresque vient de l’italien a fresco qui désigne la technique de peinture qui consiste à peindre sur un enduit (plâtre) encore humide. Ainsi la peinture une fois sèche était plus solide. À st Antoine, les peintures ont été faites le plus souvent sur des enduits secs ou que l’on remouillait pour l’occasion, on parle alors de décor peint plutôt que de fresque

chapelle de la Trinité, peinture de Constantinople et Avignon

chapelle de la Trinité, peinture de Constantinople et Avignon

On trouve les peintures dans certaines chapelles : la crucifixion (très ancienne), St Christophe, la Thébaïde (vie de St Antoine au désert)…On trouve aussi une peinture représentant les liens entre Orient et Occident qui montre la ville d’Avignon où résidaient les papes et celle de Constantinople, lieu de beaucoup de commerçants venant du monde entier, des croisades et aussi lei où ont été retrouvées les reliques de St Antoine.

Les peintres de la plupart des fresques venaient aussi d’Avignon, mais ils voyageaient souvent du Nord au Sud, entre les Flandres et l’Italie.

sur le pilier sud, Ste Véronique et le voile avec le visage du Christ

sur le pilier sud, Ste Véronique et le voile avec le visage du Christ

La dernière peinture présentant la Résurrection a été commandée par l’Empereur Maximilien Ier d’Autriche en 1502. On y trouve un style différent des autres fresques, avec des lignes géométriques et des gardes en armures allemandes.

Au 18e siècle, la magnificence du lieu retomba quand on découvrit la cause du « mal des ardents » soigné à St Antoine et qui provoquait la gangrène et la perte des membres: il était dû à un champignon,  l’ergot de seigle. La maladie s’arrêta et l’Abbaye déclina.

Fresque de larésurrection, datée de 1502, offerte par Maximilien Ler, empereur d'Autriche

Fresque de larésurrection, datée de 1502, offerte par Maximilien Ler, empereur d'Autriche

Techniques des peintures murales (d’après le Liber, manuscrit retrouvé à Montpellier)

Depuis la préhistoire, puis dans  l’antiquité, les peintres se sont servis de supports muraux pour s’exprimer.

Au M-A,  le peintre applique un enduit  de préparation pour régulariser le mur. L’enduit est constitué de chaux et de sable. Puis il trace son dessin préparatoire (sinopia) à l’aide d’un charbon de bois ou d’ocre rouge.

Le peintre crée ensuite des couleurs à partir de pigments issus de plantes broyées, d’animaux, de coquillages et de terres de différentes couleurs. On peint mélanger les pigments à de l’eau de chaux pour les fresques, ou bien pour les décors peints à sec, on utilise un liant  comme le  jaune d’œuf et le blanc (a tempera) ou  la colle que l’on obtenait en cuisant des os d’animaux avec de l’eau, ou encore  à l’huile de noisette ou de lin.

La fresque (a fresco) est exécutée sur enduit encore humide, ainsi le pigment va sécher en même temps que l’enduit et ne fera qu’un avec lui. Les italiens ont souvent utilisé cette technique, les peintures sont plus solides. Sinon, on pouvait peindre sur enduit sec mais les pigments adhéraient moins à l’enduit.

Les peintures murales de l'église abbatiale de St Antoine l'Abbaye

À st Antoine on utilise des techniques mixtes de peinture murale. On peut trouver des peintures à l’œuf, ou bien l’enduit est remouillé pour repeindre dessus.

Pour le dessin, on s’exerçait sur des tablettes de cire ou de bois peint, puis on dessinait le projet final sur un parchemin avec une mine de plomb, une règle et un compas. Une mie de pain pressée servait de gomme.

Sur le mur on reportait les repères géométriques avec la mine de plomb ou un crayon de cire rouge. Sur les piliers de St Antoine on retrouve les traits au pinceau et à l’ocre rouge qui sont restés visibles et très fins alors que les autres couleurs se sont presque effacées.

Les lignes droites étaient dessinées au cordeau enduit de terre colorante (ocre) ou de pigments.

Les pigments étaient broyés sur une plaque et mélangés à de l’eau de chaux (détrempe à la chaux).

La plupart des couleurs peuvent être broyées avec de la colle d’animaux, ou avec du blanc ou du jaune d’oeuf. On peut trouver plusieurs liants différents sur une même peinture. (et aussi de la myrrhe, de la gomme arabique, du miel…)

Les dessins étaient exécutés grandeur nature et les traits étaient troués à l’aiguille afin de tamponner d’une poudre noire (charbon de bois) qui permettait de reporter le dessin sur le mur en reliant les points (poncif).

Le peintre était aidé par toute une équipe de plusieurs autres peintres et apprentis et par des maçons pour l’enduit. Ils étaient tous passés par l’atelier d’un maître où ils avaient appris les techniques et s’étaient entraînés à reproduire des modèles. On dressait des échafaudages sur plusieurs niveaux selon la grandeur du mur, et plusieurs personnes peignaient en même temps.

La plupart des peintures de l’Abbaye ont été réalisées entre 1360 et 1450. Les peintres  venaient le plus souvent d’Avignon (les moines étant en relation avec les Papes qui y résidaient).

Pour les pèlerins, il s’agissait aussi d’étapes sur le chemin de Compostelle. St Antoine était sur la route reliant le Sud (l’Espagne, la méditerranée, l’Afrique) et le Nord (les Flandres, l’Allemagne, la Suisse, la Franche Comté, la Bourgogne…). Les routes faisaient cheminer les hommes mais aussi les idées, l’art, les techniques autant que le commerce. Les peintres en sociétés, comme les compagnons, allaient de chantiers en chantiers, d’églises en églises dans toute l’Europe.

 

Francoise Daudeville, octobre 2016

Crédit photos francoise Daudeville

 

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